Fresselines, février 2026. Depuis plusieurs semaines, la pluie est omniprésente, mais profitant d’une accalmie inespérée, j’ai marché deux heures sur le sentier Claude Monet. La vallée de la Creuse peut prendre des allures très différentes selon les saisons, et l’hiver sied particulièrement à Fresselines. Entre les arbres dénudés, on devine encore les rochers de granit qui surplombent les rivières, témoignant du paysage presque entièrement minéral que Monet avait lui-même découvert en février 1889. La vallée était alors plus dégagée, couverte de genêts et de bruyères.
En ce milieu d’après-midi, le paysage est un camaïeu de bruns. Les seules taches de couleurs vives de cette palette hivernale sont le vert, presque fluo, des mousses qui recouvrent les troncs d’arbres et les rochers. J’ai emporté mon appareil photo, mais les rayons de soleil qui percent de temps à autre l’épaisseur des nuages sont si fugaces qu’une fois sur deux, je n’ai pas le temps de le sortir de ma sacoche pour en saisir les effets. Devant sa toile, Claude Monet éprouvait les mêmes difficultés et ne se privait pas de les exprimer dans sa correspondance. Ses lettres sont désormais des sources précieuses pour saisir l’état d’esprit dans lequel il a travaillé.



« Un paysage en camaïeu de bruns, où les seules taches de couleurs vives de cette palette hivernale sont le vert, presque fluo, des mousses qui recouvrent les troncs d’arbres et les rochers. »



Pour l’heure, le sentier est presque désert. Il est encore trop tôt dans la saison pour les touristes et les rares personnes que je croise sont des locaux qui descendent au confluent pour leur promenade quotidienne. Si l’on avait installé une vidéo timelapse au bord des deux Creuse, pour capturer les 137 dernières années qui s’y sont écoulées depuis la visite de Claude Monet, on y aurait observé une multitudes d’allers et venues, de promeneurs en tout genre. Parmi eux, Maurice Rollinat, pêchant en compagnie de son chien, et plus tard Gaston Thiery, peignant dans la tradition des pleinairistes, conscient de la marque que le maître impressionniste a imprimé sur ce lieu. Dans ce paysage en constante métamorphose, seules les rivières demeurent immuables, coulant inlassablement à travers le temps.
Je profite de la promenade pour repérer les endroits où se dérouleront les ateliers créatifs programmés pour la saison estivale. Une première séance, consacrée à la peinture en plein air, aura lieu le 23 avril prochain.
D’ici-là, l’eau aura coulé sous les ponts, de Vervy et de Puy-Guillon. La lumière sera de retour et les rivières se seront apaisées, rendant au lieu son aspect méditatif.
Tandis que je remonte le sentier en direction de Confolen, de gros nuages noirs apparaissent au-dessus du village de la Roche Blond. J’ai juste le temps d’échanger un mot avec des passants au sujet de la belle lumière de fin de journée qui rayonne sur les près, avant que l’averse ne s’abatte sur nos têtes et nous forcent à hâter le pas. Depuis, il pleut sans discontinuer…
« Hélas, hélas, le temps est de plus en plus mauvais. Pluie, vent, tempête. Je rentre mouillé, trempé, sans avoir pu tenir. Je suis consterné, car voilà trois jours qu’il en est ainsi. »
Claude Monet, Fresselines, 1889